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3. Le collège et la maison des jésuites à Namur
Écrit par frdt   
Dimanche, 06 Janvier 2008 10:44
Situé dans son contexte spatio-temporel, ce contraste entre les différents bâtiments jésuites devait s'accompagner d'un contraste tout aussi fort par rapport au bâti en général. En effet, à l'aube du "XVlle siècle, Namur est encore (...) une agglomération mi-urbaine, mi-rurale, de moyenne importance5. La plupart des habitations de la ville étaient en matériaux légers : bois torchis et chaume. Seuls de rares édifices publics et quelques hôtels de nobles ou de riches bourgeois avaient des façades en pierre6. En un siècle et demi, parallèlement au développement de la place forte, la population doublera et l'habitat sera quasi entièrement renouvelé en suivant de près l'évolution stylistique de l'époque.

Premier à faire florès, le «style traditionnel mosan» 7, apparut à Namur avec la construction de l'ancienne Boucherie (Musée archéologique) en 1588-1590. Ce style s'est diffusé tout le long de la Meuse belge et se retrouve, sous une forme ou une autre, aussi bien en milieu urbain que dans les campagnes hesbignonnes ou condrusiennes 8. Les constructions se caractérisent9 par une maçonnerie mixte, de brique et calcaire mosan, ce dernier étant réservé aux soubassements, cordons et encadrements des baies. Une subdivision en zones horizontales est affirmée par les bandeaux de pierre, saillants ou non, qui prolongent les seuils, traverses et linteaux rectilignes des baies. Quant aux piédroits des baies, ils sont formés de chaînes dont l'alternance régulière rythme les trumeaux par ailleurs ponctués par les puissantes hampes à volute des ancres. Si, généralement, les fenêtres sont à meneau ou à croisée, les portes sont, pour la plupart, en plein cintre et de petites dimensions. Les corniches fortement saillantes reposent sur des corbeaux de bois savamment découpés et décorés de cymbales et de glands. La pente des toitures, désormais pourvues de coyaux, reste forte. La régularité des proportions et la bichromie dans la gamme sombre sont dictées par les matériaux. C'est une architecture robuste, statique et épurée de modénature.
(Le collège et la maison des j ésuites (1611-1620) sont des bâtiments typiques de ce style '. Les caractéristiques qui viennent d'être énoncées, s'y décèlent toutes : gros-œuvre (fig. 35 et fig. 45), baies (fig. 34), ancres (fig. 36) et corniches (fig. 50)2. Le portique se rencontre ordinairement supporté par des colonnes toscanes ; celui des jésuites, sur piliers creusés de panneaux (fig. 39, 40, 44 et 46), est rare.
Le grand style baroque, dont l'église des jésuites de Namur est assurément un des chefs-d'œuvre, n'apparaît qu'en trois endroits dans les autres bâtiments : le portail à bossages de la maison (fig. 43), la petite porte à crossettes du collège (fig. 38 B) et la niche de 1661 (fig. 42).
L'infirmerie de 1739, enfin, participe à un autre esprit encore (fig. 35). Une influence classique d'origine française, toutefois encore emprunte de régionalisme (fenêtres à croisée), apparaît dans le toit mansardé et le traitement des trumeaux.
Les bâtiments construits par les jésuites se devaient d'être confortables, fonctionnels et solides4. La ville de Namur, qui souhaitait avoir dans ses murs une école «moderne» dirigée par les meilleurs pédagogues de l'époque, n'avait, comme on l'a vu, pas lésiné sur les subsides à la construction. Ceci explique en partie la rapidité d'exécution des bâtiments et leur unité de style, dans le respect du programme propre à ce type d'établissement.