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3. Le collège et la maison des jésuites à Namur
Écrit par frdt   
Dimanche, 06 Janvier 2008 10:43

 

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Pendant près de deux siècles, le collège des jésuites fut la seule école d'humanités à Namur. Elle y attirait une population spécifique : quantité d'escoliers tant de cette ville, banlieu et plat-pays qu’ estrangers qui y viennent a prétext d'estudier sous les PP. Jésuites 7. Il est difficile d'établir le nombre d’élèves : deux cent ou deux cent
cinquante environ. Ce nombre impressionne quand on connaît les lieux et que l'on sait qu’il n y avait que cinq classes z. Elles devaient donc compter une cinquantaine d'élèves chacune. Tout ce petit monde était externe.
Les bâtiments réservés aux élèves occupaient deux côtés de la première cour ouest que le bâtiment des pères fermait au nord. Accessible depuis la rue par le grand portail en plein cintre à refends de 1614 (fig- 37)3, la cour couvre environ 650 m2.
Au nord, l'aile de 1611, vaste volume de trois niveaux et douze travées, est couvert d'une bâtière à coyau et croupe. Malgré son état fort mutilé 4, une reconstitution de la configuration originale de la façade reste possible (fig. 35). En effet, l'absence d'arquettes de décharge et de battées ainsi que l'irrégularité des jambages, parfaitement harpes par ailleurs, aux baies des quatrième et neuvième travées prouvent que celles-ci étaient aveugles et comportaient vraisemblablement une porte au rez-de-chaussée. Par ailleurs, les niveaux d'origine des seuils des fenêtres sont indiqués par les cordons qui les prolongeaient et qui subsistent, arasés, dans les trumeaux. Toutes les fenêtres étaient pourvues de croisées (fig. 34 A) à encadrement adouci par une moulure (fig. 41 B) formant congé dans le bas. Seules les baies à meneau du troisième niveau sont intactes. Ainsi restituée, la façade révèle un rythme tout autre : trois ensembles distincts de fenêtres qu'unifient les cordons aux niveaux des seuils, traverses et linteaux, ponctués d'ancres aux hampes à volutes (fig. 36). Ce compartimentage rend à l'alternance des matériaux - brique et calcaire mosan - sa force visuelle. La corniche sur modillons à glands est fortement saillante. Côté rue, le pignon ne possède plus que deux fenêtres anciennes au troisième niveau ainsi que les linteaux de deux baies incluses dans le cordon du premier étage. La face occidentale du bâtiment, accessible seulement au troisième niveau, recèle de curieuses traces de fenêtres à meneau et d'arcs de décharge en accolade ; quelques ancres ainsi qu'une frise à redents et denticules subsistent. Quant à la face nord, elle possède toujours son pignon à épis en brique, clôture provisoire avant la construction de l'aile contiguë. Le rez-de-chaussée était occupé par trois des cinq classes, le premier étage par les salles des exercices et la préfecture, tandis que le niveau sous combles était entièrement réservé au grand théâtre ou salle des dé¬clamations. S'y tenaient les séances solennelles, théâtrales ou d'éloquence qui, la plupart du temps, étaient publiques 6. Le grand escalier, implanté au sud, qui desservait les étages a été profondément remanié en 1777 7.
L'aile sud de la cour, traversée en son centre par le porche, abritait au rez-de-chaussée la porterie ainsi que la quatrième et la cinquième classe8. À l'étage, et jusqu'à l'église étaient alignés les locaux et chapelles des sodalités ou confréries d'élèves qui, à Namur, étaient au nombre de quatre. La façade à front de rue, excepté le portail (fig. 37), présente un état fortement remanié au dernier tiers du XVIIIe siècle, d'après les fenêtres9. Dans le grenier à l'extrémité occidentale de cette aile, se trouvait l'horloge du couvent et k carillon composé de dix cloches10. Côté cour, les cinq fenêtres de l'étage ont perdu leur croisée et les baies du rez-de-chaussée, à force de modifications, rendent toute reconstitution hasardeuse. Subsiste une porte au délicat encadrement à
crossettes partiellement arasé et frappé du mot SVAVITER (fig. 38 B), qui ouvre sur le portique. Il est vraisemblable qu'en cet endroit existait une communication vers l'église, via la galerie au rez-de-chaussée du bâtiment de la porterie des pères. Cette circulation, à la limite de la clôture, permettait aux élèves de se rendre aux offices sans devoir passer par la rue.
A l'est de la cour, un portique compte neuf arcades en plein cintre reposant sur des piliers de section carrée (fig. 39 et 40). Les proportions générales et la qualité des chapiteaux, bases et panneaux des piliers (fig. 41) confèrent à cette galerie une élégance que ni l'adjonction d'un étage en 186 7 ', ni le déplacement du mur arrière n'ont pu rompre. Si le portique servant de préau est un thème courant dans les collèges jésuites et dans l'architecture civile du XVIIe siècle, sa disposition dos à dos avec un autre portique (fig. 3l et 45) est tout à fait atypique. Il est certain que le lien visuel avec le volume de l'église depuis la cour du collège devait être beaucoup plus fort quand la galerie ne comportait pas d'étage.
Au nord, la cour est fermée par une partie du bâtiment des pères ainsi que par la tour contre la galerie. Ni l'une, ni l'autre, en raison du principe de clôture, ne possédait d'ouverture vers la cour. Toutefois, l'appendice pentagonal servant de lavabo aux pères et greffé en 1661 au centre de l'aile nord (fig. 42), présente, dans l'axe de la cour, une splendide niche baroque abritant une Vierge à l'Enfant2. Statue et niche, par leur situation, bénéficient d'un ensoleillement optimal et sont visuellement le point central de la cour (fig. 45).

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Au sein de l'ensemble des bâtiments jésuites, la maison des pères - appelée aussi domus ou résidence - était soumise au principe de la clôture, sans pour autant, bien sûr, que les pères y vivent cloîtrés. Si quelques emprunts subsistent, la référence directe au monastère ou à l'abbaye a cédé le pas au modo nostro architectural des jésuites, lui-même lié à la spécificité de l'ordre et de son ministère. La communauté oscilla entre une vingtaine et une trentaine de personnes (pères, frères et novices).
Toutes les fonctions domestiques étaient concentrées en un seul corps de bâtiment, protégé du «monde» par le jardin et par la cour en avant de laquelle se trouvait la porterie. Une communication directe était assurée avec le sanctuaire de l'église et la sacristie ; plus tard, avec l'infirmerie.
La maison n'était accessible depuis la rue que par un riche portail à bossages ouvrant sur la cour des pères (fig. 43 ). Cette cour, en fait un espace jardiné3, était fermée d'un côté par l'Eglise, de l'autre par une partie du grand Corps de logis, & des deux autres par deux Portiques consistant en six belles Arches de Marbre commun, dans l'un desquels sont les Portes de plusieurs Sales à recevoir ou loger les Etrangers 4.
Prolongeant le petit bâtiment des classes jusque l'église, l'aile sud de la cour contenait les fonctions d’accueil : la porterie où le janitor filtrait les visiteurs qui pouvaient être admis au parloir. L'étage abritait l'hôtellerie et la chambre des domestiques. On y accédait par la cage d'escalier orientale qui dessert aussi le jubé de l'église. La façade à front de rue a été remaniée à maintes reprises ; il n'en subsiste plus que le portail à bossages, lui-même amputé d'une bonne partie de sa décoration (fig-43 ). En effet, un réalignement de la rue
en 1700 a dû faire disparaître les parties les plus saillantes : vraisemblablement une colonne de part et d'autre, un fronton ainsi que la niche au sommet dont on voit encore la trace à hauteur du cordon. Ainsi mutilé, ce portail a perdu sa robustesse toute baroque2. Côté cour, le portique du rez-de-chaussée était surmonté d'un étage percé de fenêtres à croisée 3.
Le long du côté ouest de la cour d'entrée, un autre portique (fig. 44), dos à dos avec celui de la cour du collège, reliait les parloirs au bâtiment des pères, plus précisément à la porte située au pied de la tour (fig. 38 A et 45 ). Face au portique, fermant la cour à l'est, le bas-côté occidental de l'église formait un écran qui devait violemment contraster avec les autres constructions. Non seulement par le rapport d'échelle démesuré (fig. 45 ) mais aussi par l'emploi d'un matériau clair (calcaire blanc) et par les nombreuses références au grand style (encadrements des fenêtres, panneaux, soubassement), l'église se démarque nettement des bâtiments domes¬tiques. Dans le soubassement de l'église était aménagé un accès à la crypte.
La tour qui semble avoir servi de cage d'escalier principale 3, est judicieusement implantée au centre du corps de logis des pères et à l'articulation entre les deux cours (fig. 45 et 46). Il n'y avait cependant pas d'accès à la tour depuis le collège. Les cinq niveaux sont parcourus par des cordons et percés régulièrement de baies à meneau ou à croisée6. La toiture à la Mansard et son clocheton octogonal ne sont certainement pas d'origine. Le plan en relief présente une flèche à double bulbe 7 tandis que l'inventaire de 1773 signale que l'horloge au couvent et le carillon sont dans le grennier au dessus des classes vis à vis du théâtre, c'est à dire à front de rue. Il semble donc que le couronnement actuel de la tour - qui servit de clocher comme l'indiquent les abat-sons et la structure de la charpente - soit postérieur à l'occupation jésuite, peut-être même encore de la fin du XVIIIe siècle. S'il ne reste plus rien de l'intérieur de la tour sur les niveaux inférieurs, des traces de décoration murale constituée de chrismes baroquisants peints au pochoir, ont été relevés au quatrième niveau (fig. 47)9.
Enfin, la maison des pères proprement dite, construite entre 1613 et 1618, est un vaste corps de bâtiment de trois niveaux et dix-sept travées. Le plan du rez-de-chaussée et des étages en était fort simple : le long de la face sud, un grand couloir sur lequel s'ouvraient toutes les pièces ainsi que la cage d'escalier principale aménagée dans la tour. Ainsi, les circulations étaient concentrées au sud, vers les cours, et constituaient l'ultime barrière de la clôture. Toutes les pièces disposées au nord, prenaient donc le jour vers le grand jardin clos, à l'opposé de la bruyante cour du collège.
Étant donné qu'il ne reste plus rien d'original à l'intérieur, la description qu'en fait de Saumery 10 et l'in¬ventaire de 1773" sont nos uniques sources, mais combien précieuses ! Au rez-de-chaussée, d'est en ouest, se succédaient le chauffoir bien meublé et décoré dans le goût moderne, une autre salle commune (récréation ?), et
ensuite le réfectoire dont le plafond en plâtre rehaussé par des cartouches & des festons en relief  autant que les tableaux des Van Dijck et autres N icolaï qui s'y trouvaient. Face à la porte du réfectoire se trouvait l'annexe pentagonale de 1661 qui abritait le lavabo. Suivaient les pièces des services: cuisine, lavoir et dépense dont on découvrira avec intérêt l'équipement complet, décrit dans l'inventaire de 1773. Aux premier et second étages étaient les chambres des pères, plutôt des cellules, occupant une travée chacune '. En effet, l'inventaire énumère trente-trois chambres. Or si on retire les six chambres à l'étage de l'infirmerie, il en reste vingt-sept, dont trois avec antichambre, à répartir sur deux niveaux qui comptent dix-sept fenêtres chacun. Au premier étage se trouvaient également deux bibliothèques2 et, à l'extrémité ouest des couloirs, les latrines. Un lit, une table, une chaise, un prie-Dieu et un pupitre formaient le mobilier type d'une chambre qu'éclairait une lampe en cuivre. S'y ajoutent, de manière variable, un fauteuil, un coffre ou une étagère. Aux murs, le crucifix était quelquefois accompagné de cadres de bois avec des images en papier (gravures), rarement des tableaux. Seules quelques chambres sont pourvues d'un feu ouvert3. Le comble possède encore sa belle charpente composée de seize fermes4. Quant aux caves, l'inventaire en énumère les affectations3.
En élévation, le bâtiment des pères présente une disposition en apparence proche de celle du grand bâtiment du collège (fig. 45 ). Si le volume et les matériaux sont identiques, l'analyse dévoile des divergences importantes. La principale est sans doute la variation des hauteurs des étages qui a permis d'aménager des fenêtres nettement plus grandes sous un niveau de corniche constant6. Différence également dans les rythmes des fenêtres : très rapproché vers la cour de la maison, imposant par sa régularité vers le jardin et lent vers la cour du collège. La composition de cette dernière 7 a vu son harmonie rompue par l'installation du lavabo pentagonal en 1661. Toutes les fenêtres étaient à croisée et pourvues de volets sous la traverse, comme l'attestent les battées (fig. 34 B). Quelques exemplaires sont encore en place (fig. 48). À l'est, la première travée comporte de part et d'autre, au rez-de-chaussée, une porte en plein cintre à claveaux alternativement saillants, surmontée d'une baie d'imposte à meneau (fig. 35 B).
Cette même travée présente une configuration problématique en son extrémité vers l'église. Le grossier chaînage d'angle, mal raccordé à la maçonnerie existante (fig. 48) ; l'anormale situation des fenêtres de la dernière travée, à 60 cm à peine de l’angle ; la présence d'ancrages à l'angle du bâtiment ; la baie biaise de la chapelle latérale ouest de l'église (fig. 3) et l'absence de volute sculptée au contrefort d'angle nord-ouest du bas-côté ouest sont autant d'indices qui suggèrent le prolongement du bâtiment jusque contre l'église. Ou tout au moins, l'intention de le prolonger (fig. 45, silhouette en pointillé). En effet, le lien entre le logis des pères et la zone septentrionale de l'église était impératif, mais les traces indiquent l'adoption d'une solution plus modeste9. La chronologie de la construction (fig. 33) corrobore l'hypothèse du repentir. En 1618, le logis des pères était achevé et clos à l'est par un pignon provisoire afin de permettre un passage aisé (5 m) entre la basse-cour et la cour des pères. Ce passage était obligatoire pendant la durée de la construction de l'église étant donné qu'il mettait en communication les deux seuls endroits disponibles pour le chantier. En 1645, au terme des
Travaux de l’église, le projet de prolonger le grand corps de logis de deux travées céda le pas à un simple passage sans étage qui, à son tour fut remplacé au moment de la construction des nouvelles sacristies (ça. 1740) par l'annexe actuelle. Les raisons de ce repentir peuvent avoir été d'ordre financier mais peuvent également être liées aux changements d'architectes entre le projet attribué à Du Blocq (1613), l'église dessinée par Huyssens : et les réalisations menées sous la houlette des praefecti fobricaa.

{mospagebreak title=Infirmerie}

Dernière construction importante, l'infirmerie occupait tout le côté occidental du jardin des pères. La date de 1739 est donnée par le millésime de la face orientale et l'auteur, pour autant que l'on puisse faire confiance à un document de «seconde main» ', en serait le namurois George Bayar2. Outre cette source, un plan du rez-de-chaussée en 1777 ' et l'inventaire des pièces en 1773 4 attestent la fonction et présentent la disposition intérieure du bâtiment, par ailleurs fort mutilé5.
En raison de sa localisation et du principe de clôture, l'infirmerie a été conçue sur un mode particulier. Le plan est simple (fig. 49) : toutes les pièces sont orientées vers le jardin et sont accessibles par un couloir longitudinal aveugle relié au grand bâtiment des pères, à proximité de la cuisine. Ce plan se répète à l'étage. mais il est peu probable que les chambres y étaient également réservées aux pères âgés ou malades. En effet, l'inventaire ne décrit que quatre chambres et la chapelle. D'autre part, le plan révèle l'existence d'une cage d'escalier dans l'angle nord-est, reliant les étages au jardin sans qu'il y ait de communication possible avec les chambres du rez-de-chaussée.
En élévation, toutes les baies se trouvent sur la façade orientale (fig. 35) dont la composition, soulignée par la bichromie des matériaux (brique et calcaire), est soignée. Six travées, percées régulièrement de fenêtres jadis à croisée et munies de volets, et parcourues par des cordons saillants sous les seuils et sur les linteaux, forment sur deux niveaux le centre d'une composition affirmée par les harpages d'angle. La toiture d'ardoises est à la Mansard et comporte six lucarnes. Faiblement en retrait, une demi-travée renfermant la cage d'escalier n'est pas intégrée. Un réalignement de la rue de la Basse-Marcelle a amputé le bâtiment de cette demi-travée, comme l'indiquent la disparition du brisis nord et les baies murées du pignon nord.

{mospagebreak title=Jardin et basse-cour}

D'une superficie évaluable à une bonne quinzaine d'ares, le jardin occupait le terrain situé au nord du corps de logis des pères, jusqu'à la rue Basse-Marcelle. Seul le plan en relief donne une image de ce grand jardin urbain solidement clôturé. D'après ce document, le jardin était divisé en six parterres possédant chacun un arbre en son centre. Fernand Danhaive suggère plutôt un jardin pittoresque avec des puits6. En 1773, l'inventaire renseigne quatre canapés ainsi que six grenadiers et trente et un lauriers dans le jardin7. Quoi qu'il en soit, les jésuites considéraient que leur jardin n'était pas assez grand comme en témoignent leurs vaines tentatives de
faire supprimer la rue Basse-Marcelle pour s'étendre vers le nord '. Aussi, pour suppléer à ce manque d'espace, une «maison de campagne» fut-elle construite à Plomcot, un faubourg en aval de Namur.
À l'est du jardin, l'espace résiduel de forme trapézoïdale compris entre la rue Basse-Marcelle, la rue Saint-Loup (ex-rue de l'Ouvrage) et à l'ombre de la tour de l'église, servait de basse-cour (fig. 30). D'après les sources iconographiques2, cette cour était pavée, entourée de murs et accessible depuis le carrefour via un portail. Des constructions basses s'alignaient sur les côtés est et ouest et comprenaient les remises, le poulailler, l'écurie. L'inventaire de 1773 ne relève dans ces remises que des réserves d'ardoises, de houille, de planches, chevrons et vieux bois3.