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Un mobilier qui encadre PDF Imprimer Envoyer
Écrit par frdt   
Mercredi, 02 Janvier 2008 10:04
UN MOBILIER QUI ENCADRE

Le concile deTrente (1545-1563) auquel les jésuites, sur ordre du pape, prennent une part active comme théologiens, met pour rappeler les chrétiens à la rédemption, un accent tout parti¬culier sur les sacrements de l'eucharistie et de la confession. Ainsi pour les valoriser, deux nouveaux types de meuble vont être créés. D'abord le banc de communion, dressé à la place du jubé pour rapprocher les fidèles de l'autel ; ensuite le confessionnal, multiplié le long des murs des basses-nefs.

Pour soutenir la ferveur populaire on installe musiciens et chanteurs dans une tribune au-dessus de l'entrée. Le prédicateur, lui, clamera la bonne parole au milieu de la grande nef, dans une chaire toujours plus monumentale. Le mot d'ordre est aussi, on le sait, toucher les âmes par la prolifération des images pieuses, sculptées ou peintes, et par la somptuosité du décor. A Saint-Loup, le spectacle, baroque, est total et enveloppant ; le mobilier tout entier entonne le même hymne que l'architecture. Ad maiorem Dei gloriam.
Dans l'axe de chaque nef, un autel à portique arbore des colonnes corinthiennes jumelles sous un fronton brisé et une niche aux contours mouvementés. Les deux autels latéraux, particulièrement soignés — celui de gauche est consacré à Notre-Dame de la Consolation, l'autre aux saints Ignace et François Xavier — sont finement sculptés dans les marbres noirs et blancs (Dinant et Carrare) ; ils datent respectivement de 1649 et 1677.

Œuvres d'artistes namurois, ils témoignent de la fluidité des échanges et des influences entre les différents pôles artistiques du XVIIe siècle baroque, dont Anvers et Liège. Les archives livrent des noms de sculpteurs : Lambert du Hontoir pour une bonne partie du décor de l'autel gauche, Henry Duchesne et Servais Godaux pour l'autre. On constate par ailleurs une grande similitude de facture entre les reliefs du premier autel et ceux de la voûte (vers 1643i. Le maître-autel, quant à lui, sans doute par raison d'économie, est en chêne peint imitant les marbres rouges et noirs. Il a été monté vers 1661 d'après le modèle anversois de Saint-Charles Borromée (1621). On cite ici, liés aux menuisiers Pierre et Nicolas Rostenne, les sculpteurs Pierre Enderlin et Nicolas Flahuteau. Les trois meubles ont été modifiés au début du XIXe siècle. Leurs toiles peintes par le frère Nicolaï ont fait place à de grandes niches au-
essus de nouveaux tabernacles et antependiums. Le Christ en bois de l'autel central est remarquable : du XVIe siècle, il provient sans doute de l'ancienne ; Saint-Loup (Marché aux Légumes).

Le banc de communion en chêne clôture le chœur en une ligne droite. 11 aligne 24 compartiments séparés par des consoles. A la mode de Francart, rinceaux, guirlandes florales, masques, êtres hybrides et bien sûr putti animent les cartouches du soubassement sous une belle enfilade de balustres à feuilles d'acanthe. Quelques cartouches présentent une petite scène allégorique : deux angelots, par exemple, chevauchent un aigle, évoquant le triomphe de l'Eglise. Le meuble présente, sur le plan stylistique, une grande analogie avec les plus anciens confessionnaux de l'église. Date-t-il aussi des années 1655 ?

Avant le Concile de Trente, le prêtre entendait la confession dans une stalle du chœur. Pour rendre ce sacrement plus secret, on verra désormais se dresser une cloison ajourée entre le prêtre et le fidèle, puis le premier s'enfermera dans une véritable alcôve.
Le meuble tel qu'on le connaît aujourd'hui ne s'imposera cependant chez nous qu'après le Concile de Malines en 1607. Contrairement à d'autres sanctuaires du XVIIe siècle, les confessionnaux de Saint-Loup - bâtis comme de petits arcs de triomphe à colonnes corinthiennes - ne forment pas une sculpture en soi.  La structure du meuble reste prédominante malgré l'habillage plus ou moins prolifique et délié de reliefs géométriques ou figuratifs, ces derniers censés mener l'âme de l'angoisse du
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péché à la joie du salut. Au registre de la joie, épinglons deux motifs récurrents : le raisin de la Communion et la rosé mariale. Trois groupes se partagent nos dix confessionnaux. Le premier, qui en compte quatre, se rattache notamment par son décor encore quelque peu Renaissant, aux stalles de l'abbatiale de Floreffe (sculpteur Enderlin, avant 1651). Le second - quatre meubles aussi - présente des colonnes torses et des angelots en ronde-bosse dans un décor plus généreux à la mode anversoise. Ils pourraient dater des années 1660-1670.

Les meubles du dernier groupe, s'ils reprennent la torsade des colonnes précédentes, appartiennent clairement au style Louis XIV.  Plus calmes et majestueux, ornés de rocailles et d'entrelacs symétriques, ainsi que de lambrequins, ils doivent remonter à la première moitié du XVille siècle. Tous ces confessionnaux, déplacés pour l'assainis¬sement des murs, sont en partie démontés et attendent une proche restauration. Jusqu'à la suppression de l'ordre en 1773, de grandes toiles peintes par le frère Jacques Nicolaï (mort en 1678) ornaient les autels et les murs de l'église, suivant un programme iconographique précis. Ainsi, notamment, les thèmes de l'enfance du Christ côtoyaient l'autel de la Vierge (bas-côté ouest) et ceux du ministère du Christ et de la Conversion des apôtres, l'autel des saints jésuites (est).

Au jubé s'étalait un Triomphe de l'Eglise propre à édifier le fidèle au sortir de l'office. De ces tableaux directement inspirés d'oeuvres de Rubens - Nicolaï en a exécuté certains à Anvers, entre 1644 et 1648 -, neuf sont conservés aujourd'hui à la cathédrale Saint-Aubain, cinq autres attendent à Saint-Loup même une urgente restauration.

 

[stloup_ville]

Mise à jour le Jeudi, 03 Janvier 2008 13:59